« Bon voyage, maestro… »
Ce petit « laïus » est simplement un hommage à ce grand Monsieur de la musique haïtienne que j’ai eu la chance de croiser au cours de mon parcours.
André DEJEAN, musicien émérite, a fait partie, dès 1963, du premier mini-jazz d’Haïti, créé par son frère Lyonel DEJEAN, qui en fut le premier maestro.
À cette époque, André en était le bassiste, puisque cet instrument fut celui de ses débuts.
Il faudra attendre onze ans pour voir paraître le premier album des « FRÈRES DEJEAN de Pétion-Ville », groupe qui, à sa création, s’appelait « LES FRÈRES DE PÉTIONVILLE ».
Au fil des seize albums sortis entre 1974 et 1999, l’histoire du groupe connut plusieurs évolutions :
Du premier au seizième album, Fred DEJEAN fut le maestro du groupe ;
L’appellation « de Pétionville » fut abandonnée à la sortie du troisième album, pour ne conserver que « LES FRÈRES DEJEAN » ;
En 1976, Claude « Tico » PASQUET participa au troisième album du groupe, aux côtés d’Ernst RAMPONNEAU ;
En 1977, Ulrick « Touco » BOUZI et Polinice « Ti Polis » NOZILE rejoignirent l’équipe. C’est d’ailleurs sur cet album, qui porte le même nom, que figure la première version du titre « L’UNIVERS ». Sur celle-ci, il n’y avait pas encore de solo de batterie, mais plutôt un solo de trompette ou de saxophone, si je ne m’abuse. Touco BOUZI resta dans l’équipe jusqu’en 1984, année de l’arrivée d’Almando KESLIN. C’est ce dernier qui nous gratifia du célèbre solo que tout le monde connaît, sur le volume 10, sorti en 1985 ;
À partir de 1985, l’ossature du groupe fut composée d’André, Fred et Philippe DEJEAN, ainsi que d’Almando KESLIN, même si Fred resta le maestro attitré.
Plusieurs chanteurs se sont succédé : Isnard DOUBY, également trompettiste, Casimir ALLIANCE, Francis THÉLISMOND, Serge JEAN-NOËL, Yvon LOUISSAINT (qui chante toute la première partie de Bouki ak Malice ), Willy MATHIEU, Edzner YACINTHE et Harold JOSEPH, pour ne citer qu’eux là.
Il faut également noter qu’en 1988, le groupe sortit un maxi-single de deux titres intitulé « LES FRÈRES DEJEAN DE PÉTION-VILLE – Spécial Noël ».
Au cours de cette carrière plus que méritante, d’autres groupes firent appel à cet immense musicien que fut André DEJEAN : le Magnum Band, New Look ou encore le groupe Kwak, avec lequel il participa, avec son frère Fred, à l’album « Si on dansait », plus précisément au « Medley Compas ».
Nos routes se croisèrent encore à plusieurs reprises :
En 2010, lors d’un hommage qu’Yves GABOURG et la ville du Lamentin m’avaient chargé de monter ;
À l’occasion de l’enregistrement, en Martinique, d’un album des Frères DEJEAN, produit par Fabrice JEANJEAN (ancien fondateur de Nuggets Galleria & Fort-de-France ), sur lequel je chantais deux titres, mais qui n’a malheureusement jamais vu le jour…
À l’Atrium, lors de l’un de leurs concerts, au cours duquel Isnard DOUBY m’avait invité à chanter deux chansons ;
Et bien d’autres fois encore, lors de prestations auxquelles l’un ou l’autre participait.
Il aurait fallu plusieurs pages pour vous raconter toute l’histoire de ce musicien hors pair, dont le nom restera gravé dans les mémoires, mais aussi celle de ce groupe dont il fut à l’origine avec ses frères Camille, Lyonel, Philippe, Fred et Gabriel (également saxophoniste). Ensemble, ils nous ont laissé toutes ces mélodies qui résonnent encore aujourd’hui dans nos têtes.
Je ne ferai pas d’oraison funèbre, mais Haïti perd un GRAND, le Compas est en deuil et la Musique pleure l’un de ces arrangeurs, compositeurs et musiciens comme on n’en fait plus.
Heureux de t’avoir rencontré, André. Tu fais désormais partie du groupe des « ÉTOILES CÉLESTES », et je pense qu’il n’est pas exclu que l’on entende tonner, de là-haut, l’un de tes coups de trompette.
Bon voyage, mon ami.
Source : Musique Haïti